« m’a t’attacher après un poteau pendant une heure »

20140315Moi j’en suis venu à m’attacher à un poteau. Pourtant, je suis rentré dans la police plein de bonnes intentions. Je voulais servir. Protéger. Je voulais faire le bien. Être utile, au service de la société. À Nicolet, il nous dise protéger et servir, mais tout le monde sait que c’est vide de sens. Nous sommes un organisme paramilitaire. Notre boulot à la police, c’est la répression, comme disait Francoeur.

Grenade assourdissante, poivre de cayenne, teaser, char blindé, fusils à balles de plastique, masques à gaz, pistolets, matraques, boucliers. J’ai frappé du monde, j’ai lancé des flashbang, j’ai matraqué du monde, j’ai teasé, j’ai poivré. J’attenderai pas d’en flinguer un. Il y a un minding
policier. Une culture de groupe. Un espace qui rend impossible de parler. Qui rend impossible de questionner. Qui rend impossible de diverger. Tu suis les ordres pis tu fermes ta yeule. Tu suis le plus fort pis tu fermes ta yeule. Pis au fond, t’as peur, mais t’es armé. T’aimes ça, t’es puissant. T’es intouchable. Je voudrais pas être de ceux de l’autre côté, ceux qui passent leur vie à essayer de survivre. Ceux qui vivent dans rue. Ceux qu’on brutalise, jour après jour, sans que personne ne dise rien, parce qu’au fond, tout le monde s’en câlisse. Mais en même temps, je pas plus capable, je suis plus capable d’être celui qui tient la matraque, celui qui détruit, qui nuit.

Je suis pu capable d’entendre un flic dire à une fille que c’est de sa faute si elle se fait agresser, que c’est de sa faute, qu’elle a courue après, pis que dans le fond c’est une trainée. Je suis pu capable d’entendre mes collègues raconter que dans le fond les femmes, c’est normal… c’est normal qu’on les traite de même. Je suis pu capable d’embarquer les mêmes jeunes, jour après jour, nuit après nuit, pour la seule raison d’être nés à la mauvaise place. Mauvais quartier, mauvaise heure, mauvaise couleur. Criss, c’est quoi la justice? La justice, c’est la peur. La justice, c’est la matraque. La justice, ça pend au bout d’une corde. Puis dans le fond, on peut ben en tuer quelques-uns. C’est juste des parasites de la société. Vaut mieux mort que vivant. Nous on est l’ordre. Le pouvoir de la police est total, légitime. Peu importe ce qu’on fait, tout le monde s’en crisse. Tout le monde nous croit, personne ne nous conteste. Nous sommes l’ordre. La police c’est un microcosme, c’est un univers clos, hermétique, à l’abri de la critique. Tu rentres chez quelqu’un, tu le tabasses, pis tu vas avoir un congé payé pendant deux semaines. À la limite, t’as un cas de brutalité pis ça va bien paraître dans ton dossier, ton sergent va être content, il va être en confiance, il sait que dans le fond, t’as ça dans le sang. T’es un policier, un vrai. Je me disais qu’avec tout ce qui s’est passé, peut-être que les gens auraient changé. Mais rien ne change vraiment. Pris dans notre petit cocon, on vit notre vie, sans trop se poser de questions. Ca pas l’air d’être prêt de changer : chaque quart de travail c’est la même chose, on insulte, on tabasse, on tue même. Pis peu importe la pancarte qu’on va élire, la job reste la même parce qu’on les protège. Ils nous protègent, on les protège.

Nous sommes intouchables.
Mais moi je suis plus capable.
Je ne serai plus complice.

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